Anciennes Brasseries ATLAS, Anderlecht - Cureghem - BruxellesFabriques test
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Une étude de Guido Vanderhulst réalisée à la demande de l’architecte Philippe De Bloos

Dans les quartiers dit en 1830 « Op-Cureghem » la rivière de Broekbeek alimentait trois étangs. L’extrait de la carte manuscrite de Deventer (1) datant des années 1555 indique clairement ces trois étangs.

Le premier étang alimentait les douves du château d’Aumale (2) . Le second étang, sans doute un vivier, appartenait au Chapitre d’Anderlecht (1046 à 1796). Ce Chapitre eut une très grande influence sur le vie religieuse, culturelle et sociale, bien au delà de la commune ( Le Pape Adrien IV, qui fut précepteur de Charles-Quint, y était chanoine- Erasme est passé par là …).

Le troisième est dit du « ¨Petit Moulin » propriété du Chapitre à l’origine. La rivière n’ayant pas assez de débit pour une roue hydraulique, cet étang était la retenue pour alimenter un moulin à huile qui deviendra ensuite moulin à grains avec Jan Minnaerts, le nouveau propriétaire des années 1355,

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Extrait de la carte manuscrite de Deventer, vers 1555
Cartes et plans – KBR

Avant 1900, pour annexer cette partie champêtre, la commune crée le quartier du Petit Moulin, elle veut vouter la rivière, tracer des rues,… ! La rue est décrétée par arrêté royal le 26 mai 1900.

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Extrait de la carte Vandermaelen « quartier du petit moulin » vers 1860

En octobre 1902 Le ruisseau et les terrains limitrophes sont vendus à la commune, ils sont destinés à constituer un égout vers le collecteur du Dam et à devenir une rue. La chute alimentant le moulin sera condamnée.

La rue n’existe sur plan qu’en 1912 et s’appellera « Rue de Broekbeek » avant d’être renommée en 1913 « rue du libre-examen ». La rue de l’Acétylène et la rue Scheutveld existent déjà.

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Dessin du dernier étang
extrait du cadastre du ministère des finances – 1906

Les propriétaires des parcelles concernées sont monsieur et
madame Hélène et Auguste BRUNé, frère et soeur, connus comme rentiers, déjà en 1900.

Ces propriétaires, entre 1907 et 1909, réunissent toutes les parcelles, changent les limites, démolissent partiellement le moulin à grains qui est hydraulique et à vapeur, reconstruisent un moulin à vapeur.

Il y a un lien entre ces travaux importants et la fondation de la brasserie à vapeur. Le projet incluant la brasserie est déposé à la commune en janvier 1912 !

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Carte postale fonds Dexia- Académie de Belgique DE30-176.
La cheminée de gauche serait la brasserie du petit moulin, non localisée avec certitude à ce jour, celle de droite celle du moulin à vapeur.

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Détail du projet déposé à la commune en janvier 1912

Ils firent construire au coin de la nouvelle rue et de la rue de Scheutveld un estaminet « int fonteyntje ». Cet estaminet s’appellera « Sébastopol » après la victoire de 1855 (la rue qui débouche sur ce coin de rue porte ce nom) puis le café-restaurant « le petit Moulin » mais rien ne dit qu’il s’agisse aussi bien de la Brasserie du Petit Moulin. Les Bruné avaient encore en 1919, une habitation sur le site, au coin de la rue de Scheutveld.

Le dernier étang d’une surface de 34 ares est malheureusement comblé cette année 1907 et annexé aux autres terres. Du ruisseau qui se souviendra ?

Apparemment des successions ont lieu entre 1909 et 1913. Nous n’en avons pas trouvé trace mais on peut suivre l’évolution. En 1913 le vendeur de la plus grande parcelle est un certain Cornelis-Kinne Corneille habitant rue de Scheutveld qui restera associé pour partie à la Brasserie. Est-ce lui qui a comblé l’étang alors que les Bruné ont tout acheté ?

L’autre propriétaire est qualifié de brasseur et s’appelle François Schelfaut-Fiers. Or un Josef Schelfaut, neveu d’Angelina Schelfaut , épouse de Jean-Baptiste De Bruyn, agriculteur-brasseur, reprend la brasserie de Peer, en plein centre d’ Ertvelde au nord de Gent, le couple n’ayant pas d’enfant. Cette brasserie est la Van Steenberge dont il sera question plus tard.

Dès 1913 donc, une brasserie à vapeur est érigée autant à l’adresse de la rue du libre examen que de la rue de Scheutveld, avec extension et construction de la maison rue de Scheutveld.

Les travaux se déroulèrent en plusieurs phases :

En 1913 la salle de brassage, la salle des machines, la salle de fermentation ainsi que la cave de garde furent construites. C’est le bâtiment en briques, colonnes de fontes, poutrelles et voussettes dont subsistent les plateaux et certains cuves de malterie et lavage au centre du complexe. Un hangar couvrait l’espace entre les bureaux de la rue du libre examen et la brasserie, il y a des traces aux murs. C’était une brasserie à vapeur.

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Façade principale de 1912. La partie plus élevée de gauche contenant la salle des machines (vapeur) et la salle de brassage (la partie la plus élevée), ont été rasée en 1960.La partie de droite est appelée caves de garde et de fermentation. Ce sont des fonctions liées à la production de la gueuse. Archives de la commune d’Anderlecht.

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Détail colonnes de fonte et vousette dans magasins à bière – photo Vanderhulst 1998

La partie brasserie avec ses cuves, ses machines et sa cheminée a été détruite après 1956, des traces subsistent encore en façade Nord (à gauche de la ligne jaune).

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Plan au sol de la brasserie en 1912 – Archives de la commune d’Anderlecht.

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Photo-dias traces en façade nord de la partie détruite en 1960

De 1913 à 1926, la brasserie porte le nom de « Brasserie Saint-Guidon », celui du saint patron de la commune.

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Papier à en-tête 1919 - Archives de la commune d’Anderlecht

La brasserie sera dirigée par monsieur Lecoq, brasseur. C’est lui qui signera tous les plans depuis l’érection de la brasserie jusque dans les années 1926. La tour de cette année là sera signée par un administrateur-délégué directeur Van Steenberge.

Tous les plans depuis la demande d’implantation sont de l’architecte Installé, qui se révèle être aussi l’entrepreneur. Mais ni l’entrepreneur, ni l’architecte le figure sur aucune liste et dans aucun annuaire de ces années là ! Inconnu à ce jour !

En 1913 une habitation est ajoutée avec un rez-de-chaussée pour bureaux et réfectoire et des écuries pour cent chevaux dans un bâtiment implanté le long de la rue du Libre-Examen. En 1919 ces écuries sont rehaussées d’un étage pour y mettre une extension des bureaux. De cette époque subsistent aujourd’hui les bureaux et écuries le long de cette rue.

Le brasseur François Schelfaut qui a acheté (frère de Josef propriétaire de la brasserie à Ertvelde) épouse Marie Fiers. La veuve Marie Fiers et sa fille Hélène devenues propriétaires à la mort de François en 1920, maintiennent Lecocq à la direction.

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Plan des façades rue du Libre-Examen, avec la rehausse de 1919 -. Archives de la commune d’Anderlecht.

Elles vont gérer quelque temps la brasserie qui garde le même nom avant d’être reprise, vers 1925, par le brasseur A. Van Steenberge.

Entretemps, le 7 octobre 1925, après sa fusion avec la « Brasserie du Petit Moulin »qui serait restée en activité sur place (qui produisait les bières « Mill’s »), la brasserie avait changé de nom pour devenir la « S.A. Grandes Brasseries Atlas ». La direction de la brasserie était dans les mains de la famille Van Steenberge de Ertvelde.(3)

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Implantation en fév.1919 – le petit moulin est indiqué comme établissement, et aussi l’habitation des Bruné. Cette implantation indique l’agrandissement des écuries. – Archives de la commune d’Anderlecht.

Enfin, en 1925, la demande est faite pour l’érection d’une « tour de brassage » d’une hauteur de 30 mètres, et de plusieurs annexes. Elle est érigée en juillet 1926. La direction a changé, le processus de production devient des plus modernes et surtout doit produire de la bière à base fermentation du type pils que les tchèques, les allemands et polonais avaient déjà bien lancées.

C’est toujours le même architecte qui est à la tâche : Installé. Cette tour qui bénéficie d’une dérogation quant à la hauteur dépassant les 25m autorisée, décorée d’un fronton Art-Déco annonce des temps nouveaux. La tour était nécessaire pour appliquer le nouveau processus de fabrication dit « en grande cascade » dans lequel chaque étape se déroule à un étage différent du bâtiment (sept en tout). Elle signifie le passage à l’industrialisation de la production, elle se fait en continu. L’installation de seize cuves verticales a du produire énormément.
La brasserie est pourtant restée inachevée : plusieurs cuves et plateaux n’ayant pas été installés.

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Façade principale de la Brasserie ATLAS – mai 1926 – signé Installé et Van Steenberge – plan introduit par la brasserie Saint Guido
Archives de la commune d’Anderlecht

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Vue intérieure des traces des cuves qui s’étiraient sur deux niveaux – il y avait quatre batteries de six cuves en parallèle pour une production non-stop. Les étages supérieurs servaient aussi de malteries et de réservoirs d’eau.

L’ancien moulin à vapeur, l’estaminet et sans doute la petite brasserie du Moulin disparaissent en 1926 au profit d’ateliers.

La partie « vapeur » est toujours debout, elle ne sera vidée de ses outillages que dans les années 1960 avant d’être démolie cette même année. Les traces figurent toujours aujourd’hui sur cette façade nord.

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Plan Implantation générale du site le 20 mai 1926 avec la nouvelle brasserie
Archives de la commune d’Anderlecht

Les marques de bières les plus connues étaient la « Prisma Pils », l’ « Export Atlas » et le « Mill’s Stout ». Sur les étiquettes figurait généralement le géant Atlas portant le globe terrestre.

En 1940 on construit un hangar au bout des constructions de la rue du Libre examen et un petit bâtiment contre le mitoyen de la rue du Scheutveld. En 1956 on construit les quais sous hangars à gauche de l’entrée principale. Ils sont toujours présents.

En 1949, à la mort de son administrateur A. Van Steenberge, la veuve de ce dernier vendra l’entreprise à la Brasserie Haacht qui en avait rachetée d’autres déjà à Anderlecht (Bavaro-Belge…).

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Vue vers le Sud, remarquez les vitres teintées qui doivent jouer du soleil sur les cuves en cuivre jaune.
Les colonnes sont peintes, ce lui est destiné à être visité (comme la
brasserie Wielemans-Ceuppens– photo G.Vanderhulst - 2006

Les activités de brassage cessèrent définitivement à Anderlecht en 1952. Toutefois les marques « Atlas Pils » et « Mill’s Stout » continuèrent d’être brassées, jusqu’en 1980, par Haacht qui utilisait les bâtiments d’Anderlecht comme entrepôt pour les casiers et les bouteilles.

En août 1989, les bâtiments principaux furent rachetés par la « Communauté de la Poudrière– Emmau_s » qui les utilise encore actuellement comme entrepôt. La structure globale de l’ensemble a été bien conservée. Par contre, tout ce qui se trouvait à l’intérieur a été cannibalisé, jusqu’à certaines portes ou fenêtres et même des parties de la rampe d’escalier. Les bureaux au-dessus des écuries deviennent logements et salle de réunion et de fête.

Les bâtiments de la rue Scheutveld qui abritaient les ateliers de construction et de réparation, ainsi que les salles de rinçage et de soutirage des fûts, sont quant à eux affectés à des rangements.

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Depuis le canal, rue de Scheutveld et la tour de brassage en cascade ATLAS – photo Vanderhulst 2006

Conclusions
Le site des anciennes brasseries ATLAS est exceptionnel à bien des égards.

Il démontre les graves erreurs qui ont été décidées par la modification totale du paysage, avec la suppression des étangs, particulièrement du troisième qui avait survécu. La perte de cette pièce d’eau dans ce quartier et d’un ruisseau, la perte d’un des derniers moulins hydrauliques puis à vapeur, la perte d’une petite brasserie artisanale et d’un estaminet qui semble avoir été un lieu de convivialité unique, autant de démonstrations de mauvais choix communaux alors qu’au départ le autorités voulaient intégrer cette qualité rurale.

Ces réalités démontrent donc que beaucoup de choix urbanistiques et architecturaux ne prennent aucun compte de l’évolution historique et paysagère, les décisions se prennent sans recul, les pertes sont irrémédiables pour des quartiers lourdement chargés d’histoire.

Par ailleurs la reconversion d‘un étang en un complexe de brasseries, présentant les deux séquences des techniques de brasseries bruxelloises est tout à fait exceptionnel et mérite une protection majeure. Nous avons pu montrer comment cette reconversion et cette évolution sont encore parfaitement visibles sur le site. Depuis les écuries à étage encore dans leur état initial montrant le soin donné aux animaux de travail, en passant par les espaces de fermentation et de garde des années 1912, et, à peine quatorze ans plus tard, la brasserie en grande cascade des années 1926, tellement emblématique au plan européen de la modernisation des brasseries et de la reconversion des bières traditionnelles à fermentation lente, en bières de type pils à production en continu quasi sans temps de maturation.

Les architectures et matériaux sont aussi parfaitement illustrés, la brique, les voussettes, les colonnes de fonte et poutrelles d’acier aux bétons dans toute leur application. La disposition rationnelle des lieux de production tant dans la première brasserie que dans la plus récente est intéressante. Le seul grand regret est la démolition dans les années 1960 seulement de la partie machinerie et brasserie traditionnelle. Il faudra restaurer sur la façade cette blessure dans les règles de l’art.

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En-tête de lettre en 1940 – archives communales d’Anderlecht
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Notes

1- Jacques Roelofs, de Deventer dont il prit le nom, avait reçu mission de Charles-Quint de dresser les cartes de ces pays du nord que le roi ne pouvait connaître, étant toujours en Espagne.

2- Charles de Lorraine, duc d’Aumale (1566-1630) héros du catholicisme, pair de France, avait sa maison de plaisance à Anderlecht. Ce duc était contemporain des Archiducs Alberte et Isabelle. Le château appartint longtemps à la famille de Villegas. Il fut même une blanchisserie puis une tannerie. Son dernier propriétaire, un anderlechtois voulait le raser au profit d’une large route entre Anderlecht et Bruxelles. C’était vers 1876, la commune finit par la réaliser. Le château disparu en 1894 après des années d’abandon.

3- Or, un certain Paul Van Steenberge, époux de Magriet Schelfaut (fille de Josef qui dirigeait la brasserie de Ertvelde) un ingénieur en chimie qui devint professeur de microbiologie à l’université de Gand, reprend la brasserie de Ertvelle, lui donne le nom « bios »(redevenu depuis Van Steenberge) et se lance dans la politique avant 1940. Cette brasserie est dans la même famille pendant sept générations. C’et la seule brassant encore en Flandre orientale.

Ressources documentaires :
Alphonse Wouters « Histoire des environs de Bruxelles ou description historique des localités qui formaient autrefois l’ammannie de cette ville « - 1855
Cercle d’histoire et publications : Anderlechtensia surtout Marcel Jacobs
Archives du cadastre du Ministère des Finances
Archives des travaux publics de la Commune d’ Anderlecht
Les sous-bocs sont une petite sélection de la collection Moerenhout
AAM – archives visuelles du patrimoine industriel - 1974

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